Vous finissez vos journées avec une raideur entre les omoplates ? Une douleur sourde dans le bas du dos qui s'installe au fil de la semaine ? Des cervicales qui « tirent » dès la fin de matinée ? Vous n'êtes pas seul, et ce n'est pas « dans votre tête ».
Au cabinet, à Courbevoie, c'est devenu l'un des motifs de consultation les plus fréquents. Cadres de La Défense, salariés en hybride, travailleurs indépendants en full remote : une grande partie des dorsalgies, lombalgies et cervicalgies que je rencontre aujourd'hui sont liées, directement ou indirectement, à la façon dont nous travaillons depuis chez nous. Dans cet article, je vous explique pourquoi le télétravail favorise ces douleurs, à quels signaux rester attentif, et surtout quoi faire concrètement pour s'en protéger.
Le télétravail s'est installé… et les douleurs avec lui
En quelques années, notre rapport au bureau a profondément changé. Selon l'INSEE, 22 % des salariés du secteur privé pratiquaient le télétravail au moins une fois par mois au premier semestre 2024, contre seulement 4 % en 2019[1]. La DARES estime même que 26 % des salariés télétravaillent au moins occasionnellement[2]. Le rythme hybride — autour de deux jours à la maison par semaine — est désormais la norme, particulièrement chez les cadres en Île-de-France.
Ces chiffres ne tombent pas du ciel. Santé Publique France indique que près de 60 % des femmes et plus de 50 % des hommes de 18 à 64 ans déclarent avoir souffert de douleurs liées aux TMS du dos ou du membre supérieur dans l'année[3]. Et selon une enquête Ifop pour Percko, 86 % des salariés français ont déjà connu un épisode de TMS, le mal de dos étant de loin le plus fréquent (69 %)[4]. Le télétravail, pratiqué dans des conditions souvent imparfaites, accentue ces tendances.
Pourquoi le télétravail provoque-t-il autant de douleurs ?
On a souvent en tête l'image du télétravail comme d'une journée « semi-off » : pas de transport, un cadre plus calme, moins de stress hiérarchique. C'est vrai sur le papier. Mais du point de vue du corps, plusieurs facteurs viennent dégrader la situation.
1. Un poste de travail rarement adapté
Au bureau, vous bénéficiez généralement d'un siège ergonomique réglable, d'un écran à hauteur des yeux, d'un clavier et d'une souris séparés du PC portable. À la maison, c'est rarement le cas. On finit par travailler sur le canapé, sur une chaise de cuisine, sur un coin de table basse, voire au lit. La tête se penche en avant pour regarder un écran trop bas, les épaules s'enroulent, le bassin part en rétroversion.
Cette posture, maintenue plusieurs heures par jour, sollicite mécaniquement les structures cervicales et dorsales. Les muscles posturaux profonds fatiguent, les muscles superficiels (trapèzes, élévateurs de la scapula) compensent en se contractant, et c'est là qu'apparaissent ces tensions caractéristiques entre les omoplates et à la base du crâne.
2. Une position assise prolongée et une mobilité réduite
Au bureau, on se lève pour aller chercher un café, parler à un collègue, se rendre en réunion. À la maison, beaucoup de personnes restent assises 5, 6, parfois 8 heures d'affilée sans interruption réelle. Une étude française estime le temps moyen passé assis dans le cadre professionnel à 7h28 par jour[5].
La position assise prolongée exerce une pression continue sur les disques intervertébraux lombaires et fatigue les muscles stabilisateurs du tronc[6]. À cela s'ajoute une diminution de la circulation sanguine dans les membres inférieurs (d'où les fameux fourmillements ou jambes lourdes en fin de journée) et une sollicitation excessive de la charnière cervico-dorsale.
À noter : la littérature scientifique nuance le lien direct entre temps assis et lombalgie[7]. Le facteur déterminant n'est pas tant la durée de la position assise en soi que l'absence de variation : rester immobile plusieurs heures dans une posture identique est ce qui pose réellement problème.
3. Une frontière floue entre travail et vie personnelle
Le télétravail brouille les limites : pas de trajet, pas de rituel de fin de journée, parfois pas de pause déjeuner réelle. On commence plus tôt, on termine plus tard, on consulte ses mails depuis le canapé le soir. Le stress et la charge mentale, eux aussi, ont des répercussions corporelles très concrètes : contraction du diaphragme, tension de la mâchoire, raideur cervicale, modification du schéma respiratoire.
4. Une activité physique souvent réduite
Sans le trajet domicile-travail, sans la marche entre les rendez-vous, beaucoup de télétravailleurs perdent plusieurs milliers de pas par jour. Ce manque d'activité, sur la durée, fragilise la musculature posturale et entretient les tensions. Une étude finlandaise récente a d'ailleurs montré que réduire le temps quotidien passé assis suffit à prévenir l'aggravation des douleurs lombaires sur six mois[8], sans même nécessiter d'activité physique intense.
Quels signaux doivent vous pousser à consulter ?
Toutes les douleurs ne se valent pas. Une raideur passagère après une longue journée n'est pas inquiétante. En revanche, certains signaux justifient de prendre rendez-vous sans attendre.
⚠️ À surveiller particulièrement
- Une douleur qui persiste plus de 7 à 10 jours, même légère.
- Une douleur qui irradie dans un bras, une main, une fesse ou une jambe.
- Des fourmillements, picotements ou perte de sensibilité dans une zone précise.
- Des maux de tête qui s'installent en fin de journée et qui partent du haut de la nuque.
- Des douleurs qui réveillent la nuit ou qui sont déjà présentes au réveil.
- Une perte de mobilité claire (tourner la tête, se pencher en avant, attraper un objet en hauteur).
Devant ce type de signes, il est préférable de consulter rapidement plutôt que de laisser la douleur s'installer. Une prise en charge précoce est presque toujours plus efficace qu'une intervention sur une douleur devenue chronique.
Que peut faire l'ostéopathie ?
Lors d'une première consultation, mon travail commence par un échange approfondi (l'anamnèse) : votre métier, votre poste de travail, vos horaires, vos antécédents, vos activités physiques, votre sommeil. C'est cette discussion qui permet d'identifier les véritables causes des tensions, qui ne sont pas toujours là où la douleur se manifeste.
Vient ensuite l'examen : tests de mobilité, palpation des zones de restriction, évaluation posturale globale. L'objectif est de comprendre comment votre corps s'est adapté — ou désadapté — à vos contraintes quotidiennes. Une douleur cervicale peut, par exemple, trouver son origine dans une restriction du diaphragme ou de la charnière dorsale haute. Un mal de dos lombaire peut être entretenu par une raideur de hanche ou un déséquilibre du bassin.
Le traitement est adapté à chaque patient : techniques douces, structurelles, tissulaires ou viscérales selon ce qui est nécessaire et ce qui correspond à votre confort. L'idée n'est pas de « tout craquer » — d'ailleurs, la grande majorité des techniques utilisées ne provoquent aucun bruit articulaire — mais de redonner de la mobilité aux zones qui en manquent et de relâcher les tensions qui entretiennent la douleur.
La séance se termine systématiquement par des conseils personnalisés : ajustements ergonomiques de votre poste, exercices simples à faire chez vous, gestes à éviter. C'est cette partie qui fait souvent la différence sur la durée. Soulager la douleur du jour est important ; éviter qu'elle revienne dans deux mois l'est encore plus.
5 réflexes à adopter dès aujourd'hui
Avant même de consulter, voici les habitudes les plus efficaces que je recommande systématiquement à mes patients en télétravail. Aucune ne demande d'équipement coûteux.
1. Le haut de l'écran à hauteur des yeux
Si vous travaillez sur un PC portable, posez-le sur des livres ou un rehausseur, et ajoutez un clavier et une souris séparés. C'est le geste qui change le plus de choses sur les cervicales et les trapèzes. Coût : 30 € environ. Bénéfice : massif.
2. Bougez toutes les 45 à 60 minutes
Pas besoin de gymnastique élaborée. Levez-vous, marchez deux minutes, étirez-vous, allez boire un verre d'eau. La règle d'or : pas plus d'une heure dans la même position. Programmez une alarme discrète si nécessaire.
3. Pieds au sol, dos appuyé
Vos pieds doivent être à plat (sur le sol ou un repose-pieds), genoux à 90°, et le bas de votre dos doit être soutenu par le dossier. Si votre chaise n'est pas adaptée, un simple coussin lombaire fait déjà la différence.
4. Respirez profondément, plusieurs fois par jour
Trois cycles de respiration ample en gonflant le ventre, plusieurs fois dans la journée, suffisent à mobiliser le diaphragme et à relâcher la cage thoracique. C'est l'un des gestes les plus sous-estimés contre les tensions cervicales.
5. Marchez 30 minutes par jour
Le télétravail vous fait économiser le trajet ? Reprenez ce temps pour marcher. Trente minutes de marche, même fractionnées, suffisent à entretenir la mobilité du bassin, à soulager la colonne et à améliorer la circulation. Ce n'est pas du sport — c'est de l'entretien.
Une particularité de mon cabinet : la consultation à domicile
Quand on souffre du dos après huit heures derrière un écran, l'idée de prendre les transports pour se rendre à un rendez-vous n'est pas très séduisante. C'est précisément pour ça que je propose des consultations à domicile à Courbevoie et dans les communes alentour : Neuilly-sur-Seine, Levallois-Perret, Puteaux, Nanterre, La Défense, et certains arrondissements de Paris.
Cette approche présente un autre avantage clinique : elle me permet de voir directement votre poste de travail. La hauteur de votre écran, votre chaise, l'éclairage, votre posture habituelle. C'est souvent en observant l'environnement réel qu'on identifie l'origine d'une douleur récurrente. Les conseils donnés sont alors directement applicables, dans votre vrai cadre de vie.
Pour les entreprises, j'interviens également sur site dans le cadre de la prévention des TMS : bilans posturaux individuels, sensibilisation des équipes, prises en charge ciblées. Une démarche de plus en plus demandée par les services QVT et les responsables RH du secteur de La Défense.
Vous reconnaissez vos douleurs dans cet article ?
Une consultation permet d'identifier précisément ce qui les entretient et de mettre en place une vraie stratégie pour s'en sortir. Cabinet, domicile ou urgence — les rendez-vous sont disponibles toute la semaine.
Sources
- INSEE Analyses n°105, « Télétravail et présentiel : le travail hybride, une pratique désormais ancrée dans les entreprises », 2024.
- DARES, « Comment évolue la pratique du télétravail depuis la crise sanitaire ? », Dares Analyses n°64, novembre 2024.
- Santé Publique France, « Troubles musculo-squelettiques en France : où en est-on ? », Baromètre 2021, mars 2024.
- Étude Ifop pour Percko, « Les salariés français face aux TMS ».
- Kalivi, « Troubles musculo-squelettiques : chiffres 2025 », synthèse d'études.
- Ordre Professionnel de la Physiothérapie du Québec, « Maux de dos au bureau : conseils d'un physiothérapeute ».
- Revue systématique sur la position assise et la lombalgie, citée par Inforisque, 2022.
- Université de Turku (Finlande), Turku PET Centre & Institut UKK, étude sur la réduction du temps assis et la prévention des douleurs lombaires, 2024.
Cet article a une visée informative et ne remplace en aucun cas une consultation médicale ou paramédicale individualisée. En cas de doute sur l'origine d'une douleur, consultez un professionnel de santé.